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J’exerce la peinture professionnellement depuis 1997. Depuis longtemps, j’écoutais l’être humain, en service social. Puis, après 1995, j’ai commencé peu à peu à le regarder d’un autre œil. Ma pratique des arts visuels du moment m’a amenée à reproduire son corps, une approche qui me guidait vers une compréhension différente de son intérieur. Cet attachement pour le cheminement personnel que vivent hommes et femmes de notre temps se transposait alors par la peinture et le dessin, où se profilent des formes imaginatives du corps humain.
Et puis vient l’instant où le sujet sera évacué de mes oeuvres et où je me suis projetée littéralement dans le monde de la non-figuration. Par l’intégration de plusieurs stages et ateliers, mes acquis et apprentissages se perfectionnent. Je suis alors introduite dans une démarche vers de grands espaces, vers les jeux de formes et de couleurs, vers une peinture pensée et expliquée, vers une peinture de l’inconscient, tout en prenant connaissance d’un certain nombre de conventions et d’hypothèses théoriques de l’art abstrait. À la suite des classes de maître que j’ai suivies avec Françoise Sullivan en 2003 et en 2004, à l’École d’été de Mont-Laurier ainsi qu’à la Maison Jaune à Québec, ma démarche picturale se réoriente de façon définitive. En cela, elle en est une d’orchestration plutôt que de virtuosité d’un seul instrument, en ce sens que je fais des recherches aussi bien et souvent en même temps sur les supports, les pigments, les couleurs, les formes et les thèmes. Le parcours de ces gens dont j’étais à l’écoute et qui habitent toujours mes pensées se manifeste et s’exprime désormais par une picturalité héritée d’un savoir-faire qui se consolide avec les années. Cela se traduit par un enchaînement d’œuvres aux formats variés, dont la composition abstraite se définit par des axes et des tranchées qui semblent séparer symboliquement l’état physique et émotionnel des êtres. Les couleurs franches s’opposent et s’entrecoupent par le geste libre et la forme affirmée. Des fragments de lumière évoquent tout en subtilité les registres sensibles de l’âme humaine. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Matérialiser l’impalpable, l’émotion intuitive et puissante qui accompagne les hommes et les femmes de notre temps. Incarner par ma peinture le souvenir des passages obligés de la vie. |